Jeudi 4 mars 2010
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Oh ! pourquoi sommes nous si fiers de ces rivages :
Les flots qui les ont faits deviendront leurs bourreaux,
Et la mer roulera leurs débris sur les plages
Et n'y laissera d'eux que d'informes morceaux.
Qui de nous dira quelle force inconnue,
Lançant ces flots de leur lit à la nue,
Les précipite, écumeux, bondissants,
contre le flanc de la falaise nue
Qui croule enfin sous leurs coups incessants !
Adieu blanche falaise, adieu lourd monolithe
Qui semblez défier la tempête et le vent,
Adieu portes de pierre où la vague s'irrite,
Calcaires que les eaux attaquent en grondant !
Ces rocs que fuit, à l'heure des tempêtes,
Le matelot qui de loin voit leurs crêtes,
Ces rocs, assis sur des bases d'airain
Et jusqu'au ciel dressant leurs sombres têtes,
Abriteront plus d'un monstre marin !
Ni leurs pesants remparts, ni leurs tours crénelées
N'arrêteront l'effort de leur humble ennemi
Qui les fera rouler jusque dans les vallées
Que le squale hideux ne connaît qu'à demi.
Pour engloutir tant de pauvres villages,
Pour abîmer les blocs dont les orages
Ne pouvaient pas abaisser le niveau,
Pour renverser l'oeuvre de si longs âges,
Que faudra-t-il ?_ Presque rien... un peu d'eau !
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Pauvres fous ! C'est bien là l'image de la gloire,
D'un labeur de géants tardif et maigre fruit,
Que trente ans, dont chacun rappelle une victoire,
Nous donnent quelquefois et qu'un souffle détruit !
Oh ! sombre doute, oh! mystère immuable ;
Tout disparait dans la nuit insondable :
Tout ce qui naît ici-bas doit périr...
Cercle fatal! harmonie effroyable
Partout, partout ces mots : "Naître et Mourir !"
Etretat, Septembre 1877.
A.M. OCAMPO